Frédéric Iriarte artiste plasticien contemporain

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L’artiste et le caravansérail

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L’artiste et le caravansérail
Par Jean-Paul Pouron (journaliste)

L’art s’est-il fait la place qui devrait logiquement lui revenir en Suède ? Rien de moins sûr. S’il est positivement valorisé dans les arts mécaniques et appliqués, il est à la traîne dans les arts plastiques. Les quat’zarts n’ont jamais réellement réussi à s’imposer comme vecteur de création à part entière.

L’art pour l’art n’est pas en cour. Pourquoi ? Les raisons en sont probablement multiples et fondées dès lors qu’on accole la notion de pragmatisme à l’identité suédoise. Les Suédois sont pragmatiques et cette philosophie leur va comme un gant, la valeur pratique des objets ou des phénomènes l’emportant largement sur l’aspect purement esthétique des choses.

Ainsi, peintres, sculpteurs et autres graveurs éprouvent nettement plus de difficulté à soumettre leurs visions dans cette société que les architectes, concepteurs ou ingénieurs. Généralisation sans doute abusive décréteront certains. Soit. Qu’on nous prouve le contraire !

Il faut quand même savoir que la part de la culture dans le budget de l’État suédois s’élève à 0,80 % de celui-ci et que depuis plus d’une décennie il est en constante augmentation.
La coalition de droite ayant nettement plus contribué à cette avancée que les sociaux-démocrates. C’est certes moins que ce que la France y consacre, mais plus que ce que la Norvège y réserve. Les domaines d’investissements n’y sont pas les mêmes. La priorité des priorités revenant à la création artistique infantile suivie des productions d’amateurs, au sens propre du terme, qui y sont fortement encouragées par souci d’égalitarisme ; les autres catégories d’« artistes » se partageant les restes.

Il est vrai que les exceptions sont souvent là pour confirmer la règle. Mettons-en une en exergue. La bonne ville de Trollhättan (agglomération industrielle et industrieuse à l’ouest du royaume dirigée par les sociaux-démocrates depuis des temps immémoriaux) a décroché le prix de la commune culturelle 2014. Preuve, s’il en était que la culture est au centre des préoccupations de certaines communautés (Trollhättan est devenue il y a déjà quelques années la Cinecittà nordique. Une cité du cinéma qui a relégué les studios de Solna dans une proche banlieue au nord de Stockholm, aux oubliettes).

Et parmi les différents critères qui ont contribué à l’attribution du prix figuraient une peinture, Caravanic, du plasticien Frédéric Iriate, qui n’est ni social-démocrate, ni industrieux, philosophe à ses heures, touche-à-tout insatiable, artiste-artisan, façonnier des beaux-arts, bref, un de ces oubliés des « largesses » de la corne d’abondance culturelle de l’État providence.

Et que nous montre cette peinture retenue par les administrés politiquement corrects de la commune de Trollhättan ? Qu’elle est tout d’abord dans l’air du temps. En effet, la Suède traverse actuellement une crise identitaire, l’immigration que les sociaux-démocrates avaient pendant des années jugulée les rattrape à l’instar de ce que connaissent de nombreux pays européens. Immigration incontrôlée de Tziganes s’entend…

La toile primée représente donc une caravane, une allégorie qui veut évoquer la situation économico-industrielle de Trollhättan qui subit de plein fouet les revers de la crise financière et économique mondiale avec notamment la fermeture d’usines de production de véhicules. On y voit un mécano couché sous une roulotte à la recherche d’un moteur (une caravane n’étant pas un mobil-home, il n’est pas prêt d’en dénicher un !) et quelques nomades (appelons-les comme cela) acteurs-moteur de la scène. Un capharnaüm de métaphores des gens du voyage dont la précarité n’est plus à démontrer. Les politiques aboient, la caravane passe… imperturbable.

Le plasticien, totalement dans son rôle de guetteur des tendances sociétales, a ainsi « secoué » les politiques qui ont vu dans son œuvre le signal fort d’un dysfonctionnement des us dans le domaine de l’immigration.
La mixité sociale, Trollhättan connaît, elle qui a accueilli des générations de cols bleus qui ont fait tourner les Volvo Aero, usines de pâtes et autres industrie textile de la région. N’empêche, le climat politique n’a plus rien à voir avec celui des années fastes de la social-démocratie dominante de l’après-guerre où, soit dit en passant, la culture n’était pas au centre de leur préoccupation.
La perméabilité des classes a bouleversé la configuration politique de ces anciens fiefs « ouvriers » devenus bon an mal an plus centres-droits, plus libéraux, défendant leurs maigres biens âprement acquis. L’arrivée de classes sociales encore plus démunies bénéficiant de la générosité de l’État-providence passe mal. D’où l’émergence d’une droite extrême que les sociaux-démocrates avaient jusqu’à présent réussi à gommer du paysage politique du royaume. Caravanic est à ce titre un puissant symbole du réveil citoyen, un marqueur politique.

Qu’augure donc ce choix de la commune de Trollhättan pour l’avenir de la culture dans le Nord ? Un espoir indéniable de voir s’inscrire durablement la culture en tant que telle. Trollywood n’en est-il pas la meilleure preuve ?

Certes, toutes les communes ne peuvent prétendre à ce type d’implantation, mais chacune à sa manière peut, si elles s’en donnent les moyens, faire en sorte que les aspects intellectuels contribuent à l’épanouissement de la civilisation.

Politique et culture semblent donc faire bon ménage dans cette partie ouest très localisée du royaume et que ce concept gagnant-gagnant s’étende à tout le royaume n’est évidemment que hautement souhaitable.

Caravanic-Huile sur toile -120 x 100 cm Frédéric Iriarte

Échographie « Caravanic » huile sur toile, 120 x 100 cm par Frédéric Iriarte.

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Auteur : Frédéric Iriarte

Artiste plasticien contemporain

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